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14/01/2014

Les autres branches des Bailleul conjointes à celle des Bailleul-Croissanville

Je rappelle ici la situation généalogique déjà évoquée plus haut à plusieurs reprises :

Gilles de Bailleul, seigneur de Beauvais et de Montreuil, épouse Charlotte de Larré, dame de Quatre-Favrils. Nous essayerons de déterminer l’identité et le nombre de filles issues de ce mariage dans la partie consacrée à ce Gilles de Bailleul dans le chapitre des "recherches Bailleul". Ce qui nous importe ici, ce sont les fils qui donneront naissance aux différentes branches des Bailleul subsistantes à cette période. Ces fils sont au nombre de trois, dans ce qui semble être l’ordre de naissance et de répartition des seigneuries à la succession de leur père :

- Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais

- Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil

- Yves de Bailleul, seigneur de Quatre-Favrils

Nous avons suffisamment détaillé toutes les informations que nous connaissons sur Yves de Bailleul dans le chapitre des "recherches Croissanville" puisque c’est ce dernier qui donnera naissance à la branche des Bailleul-Croissanville en épousant Marguerite de Harcourt, dame de Croissanville. Concentrons-nous donc uniquement sur ce que nous avons pu découvrir sur Louis et Gilles de Bailleul.

D’abord Louis, l’aîné, qui en tant que tel est désigné logiquement "seigneur de Beauvais" dans la continuité de son père, seigneur du même lieu et chef de nom et d’arme de la branche des Bailleul-Beauvais. Pour bien comprendre l’enjeu d’une telle désignation et donc la place de Louis, il faut que je rappelle ici qu’avant 1582 il n’existait que deux branches subsistantes des Bailleul des origines : les Bailleul-Renouard et les Bailleul-Beauvais. Quand, en 1582, Françoise de Bailleul-Renouard, dernière représentante de cette branche, épouse Gilles de Souvré, les Bailleul-Renouard s’éteignent. Les Bailleul ne sont donc plus représentés que par la branche des Bailleul-Beauvais. Ainsi, à la mort de son père, Louis devient non seulement le chef de nom et d’armes des Bailleul-Beauvais mais aussi de l’ensemble de la famille Bailleul depuis les origines. C’est sans doute cette caractéristique du personnage, à cet instant, qui a trompé les généalogistes, et en particulier le rédacteur du texte d’érection en marquisat, qui l’ont représenté alors comme l’ancêtre de tous les Bailleul.

Voyons ce que nos principales sources, que sont l’arbre généalogique de la famille, "Prosopographie…" de Popoff et l’étude généalogique des Harcourt par La Roque, nous apprennent sur Louis :

- Dans l’arbre, nous trouvons bien Louis identifié comme fils de Gilles de Bailleul et de Charlotte de Larré. Il est désigné comme "chevalier des ordres du Roy", "seigneur de Beauvais". Il est indiqué qu’il épouse Madeleine Royer en 1570. L’arbre nous indique deux enfants pour ce couple : Jacques de Bailleul, seigneur de Beauvais et une case vide.

- Dans "Prosopographie…", Louis apparaît bien comme le fils aîné de Gilles de Bailleul et Charlotte de Larré, qualifié également de "seigneur de Beauvais", il épouse Madeleine Le Royer dont il a deux fils : Jacques de Bailleul, seigneur de Beauvais et Guillaume de Bailleul, désigné "seigneur de Crucey". Mais par ailleurs nous apprenons que Louis "fut tué au siège de Rouen l’an 15…"

- Dans la généalogie des Harcourt par La Roque, nous n’avons pas d’informations groupées sur Louis, elles sont disséminées dans les paragraphes qui mentionnent ses deux frères Gilles et Yves qui, eux, ont épousé des Harcourt.

On trouve ainsi page 423 : "lots et partages furent fait entre Louis et Gilles, fils de Gilles de Bailleul, chevalier, le 10 février 1590"

Puis page 426 : "Louis, Gilles et Yves qui firent des lots et partages passés devant les tabellions d’Argentan le 10 février 1590 des succession de leur père et mère"

Toujours page 426 : "L’aîné, Louis, fut tué devant Rouen, ayant été marié avec Madeleine Le Royer, fille du sieur de La Brisolière, de laquelle il eut deux fils, Jacques et Guillaume de Bailleul, seigneur de Crucey"

Enfin, page 508 : "…Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais qui continua la branche aînée, fut tué en la bataille de Coutras, enveloppé de l’enseigne des gens d’armes qu’il portait"

En croisant l’ensemble des informations contenues dans ces trois sources principales et en les classant par type, on arrive au résultat suivant :

- Informations certaines : Louis de Bailleul est bien le fils aîné du couple Gilles de Bailleul/Charlotte de Larré. Il est seigneur de Beauvais et épouse Madeleine Le Royer dont il a deux fils, Jacques et Guillaume.

- Informations à confirmer : sa qualification de "chevalier des ordres du Roy", que nous ne trouvons que dans l’arbre ainsi que la date de son mariage en 1570.

- Informations contradictoires : son décès, soit à la bataille de Coutras de 1587, soit au siège de Rouen de 1591/1592, conjugué avec sa présence éventuelle lors la succession de ses parents datée du 10 février 1590.

A ces trois sources principales, il faut ajouter la lettre d’érection en marquisat, la recherche de noblesse de Mesmes de 1598 et deux extraits de texte (que j’ai déjà évoqué dans le chapitre "recherches Croissanville") pour être complet sur les sources qui citent Louis de Bailleul.

 - Dans la lettre d’érection il est décrit ainsi :"Louis de Bailleul, chevalier, seigneur de Beauvais, tué à la bataille de Coutras, envelopé de l’enseigne des gens d’armes qu’il portoit, qui laissa deux fils, l’un nommé Jacques, duquel Jacques est sortie Françoise de Bailleul sa fille et héritière qui espousa le sieur de Souvray… et l’autre Robert de Bailleul…et Robert de Bailleul, capitaine du fort St Catherine à Rouen, auroit esté tué en combatant pour nostre service au siège de ladicte ville…" J’ai déjà démontré dans le chapitre des "recherches Croissanville" que l’auteur du texte se trompe au sujet des fils de Louis en faisant de Jacques le père de Françoise de Bailleul-Renouard, et de ce mystérieux Robert le père d’Yves de Bailleul-Croissanville. Nous allons en discuter par la suite…

 - Dans la recherche de noblesse de Mesmes de 1598 : "Gilles, seigneur de Montreuil, fils Gilles…, Jean (alias Yves), frère du dit Gilles…et fils Louis, seigneur de Beauvais, demeurant au dit Ammeville". Là-aussi, j’ai déjà démontré dans le même chapitre que Louis ne pouvait être que décédé à cette date de 1598, ainsi que son père Gilles d’ailleurs, pourtant lui aussi mentionné dans ce texte.

- Dans les deux extraits de texte résumés ainsi : tentative de réhabilitation des faits d’armes de Louis de Bailleul par sa veuve Madeleine Le Royer dans l’un, et désignation de Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil comme oncle et curateur des enfants mineurs de Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais dans l’autre. Ce qui démontre la mort violente et prématurée de Louis de Bailleul avant 1598…

Pour résumer le tout, ces sources additionnelles nous permettent de confirmer que Madeleine Le Royer est bien la femme de Louis de Bailleul et que ce dernier est bien décédé prématurément lors d’une bataille (à déterminer). Par contre, elles apportent une information contradictoire supplémentaire en la personne de ce Robert de Bailleul, capitaine du fort Ste Catherine, tué au siège de Rouen et désigné comme fils de Louis.

Avant d’aborder l’analyse des informations contradictoires, je vais évoquer rapidement celles à confirmer : J’ai cherché des informations sur Madeleine Le Royer pour avoir confirmation de la date de son mariage en 1570 avec Louis sans succès. Quant à la qualification de "chevalier des ordres du Roy" que l’arbre donne pour Louis, elle pose problème. Si la retranscription est juste (elle n’est pas de moi…) "des ordres du Roy" signifie qu’il était chevalier des deux ordres, c’est à dire du Saint Esprit et de Saint Michel. Il est peu probable qu’il fut chevalier de l’ordre du Saint Esprit, distinction rare et réservée à l’élite de la noblesse. Quant à celle de Saint Michel, je ne le trouve cité dans aucun recueil des chevaliers de cet ordre que j’ai pu consulter pour l’instant (mais ils sont antérieurs à 1574…). Il y a donc un gros doute. D’ailleurs La Roque nous précise bien la date d’admission à cet ordre pour Yves de Bailleul mais ne dit rien pour Louis, ni pour Gilles, leur frère, désigné également chevalier de l’ordre de Saint Michel dans l’arbre généalogique. Je pense donc qu’il est préférable de s’abstenir de l’affubler de cette qualification sans autres preuves probantes.

Il reste alors à tenter de résoudre le problème du lieu et de la date du décès de Louis et quelle place nous pouvons donner à son prétendu fils Robert tué au siège de Rouen.

Il n’existe que deux dates possibles durant lesquelles Rouen fut assiégée à cette période : 1562 et 1591(jusqu’en 1592). Mais nous voyons tout de suite que ce Robert, s’il est le fils de Louis (marié en 1570) n’a pu participer au siège de 1562. Reste donc celui de 1591. Or à cette date, il aurait été bien jeune pour être "capitaine du fort St Catherine" puisqu’il est censé être né après 1570. De plus, aucune de nos trois sources principales ne nous indique l’existence d’un troisième fils pour Louis prénommé "Robert" qui aurait eu une mort si glorieuse. Seul le texte de la lettre d’érection nous informe d’une telle filiation mais nous savons justement que cette partie de la généalogie ainsi présentée est erronée. On ne peut donc qu’en conclure que ce Robert de Bailleul, tué au siège de Rouen en 1591 ne peut être un fils de Louis. Cette première hypothèse ne tient pas.

Qui peut-il être alors ? La solution la plus simple consisterait à penser qu’il fait partie d’une autre famille Bailleul n’ayant aucun rapport avec la nôtre. Ainsi, il y aurait bien eut un Robert de Bailleul, capitaine du fort Ste Catherine, tué au siège de Rouen, et dans ce cas la date importe peu (1562 ou 1591) pour que son existence coïncide avec la généalogie connue de nos Bailleul. Deuxième hypothèse, donc.

La troisième serait que ce Robert, s’il ne peut être le fils de Louis, serait en fait Gilles de Bailleul, seigneur de Beauvais, le père de Louis. En effet, nous avons vu que l’arbre le désigne comme "gouverneur de la ville et citadelle de Rouen". Or, la citadelle de Rouen est bien le fort Ste Catherine. Dans ce cas, Robert/Gilles serait plus vraisemblablement décédé au siège de 1562 qu’à celui de 1591 (c’est l’hypothèse que j’émettais lors de mon analyse de la généalogie erronée de la lettre d’érection). Mais un décès de Gilles/Robert en 1562 semble peu probable car non seulement il n’est indiqué par aucune des trois sources principales mais en plus il existe deux documents datés de 1570 qui laisseraient entendre qu’il est bien vivant à cette date : sa nomination à l’ordre de Saint Michel et un autre qu’il le désigne avec cette qualification (je les détaillerais dans le passage que je consacrerais à Gilles de Bailleul dans le chapitre "recherches Bailleul"). De plus, un décès en 1591 est impossible puisque nous savons grâce à La Roque que la succession de Gilles a eut lieu en février 1590. Ce Robert ne peut donc être également Gilles, le père de Louis.

La quatrième serait qu’il soit un autre frère de Louis dont nous n’aurions jamais entendu parlé jusqu’ici. Mais justement, aucune source ne nous décrit un troisième frère pour Louis nommé Robert. Et surtout, la recherche de Mesmes de 1598 cite Louis comme fils de Gilles de Bailleul alors que nous le savons décédé 10 ans plus tôt sans citer aucun Robert qui serait décédé à la même période. L’hypothèse que Robert, soit un troisième frère de Louis ne tient pas non plus.

Reste la dernière qui semble être la seule à réunir toutes ces informations contradictoires. Nous avons vu que certaines sources affirment que Louis est décédé à Coutras (1587), d’autres à Rouen (dans ce cas 1591 est la seule date possible) et qui plus est qu’une source (La Roque), donne les deux versions. Dans ce cas, si nous choisissons l’hypothèse que Louis a été tué au siège de Rouen en 1591, elle est cohérente avec le fait qu’il soit cité (comme présent ?) lors de la succession de son père en février 1590. Mais alors nous aurions un "Louis de Bailleul" et un "Robert de Bailleul", tués tous deux, à Rouen en 1591. Ils pourraient donc être en fait la même personne prénommée différemment. Tous les éléments seraient réunis : ce Robert serait bien un de nos Bailleul, Louis/Robert serait donc bien mort à Rouen comme certaines sources l’indiquent et cela expliquerait sa présence à la succession de son père en février 1590.

Pour autant, il ne faut pas exclure le fait que Louis puisse être réellement décédé à Coutras. Il est en effet gênant de trouver la précision "envelopé de l’enseigne des gens d’armes qu’il portoit" dans un document aussi officiel que la lettre d’érection pour pouvoir remettre en doute aussi facilement cette information. Car il est fort possible que Louis soit uniquement cité comme fils de Gilles dans le document de succession de ce dernier en 1590 sans pour autant que ce document atteste de sa présence à cette date. Comme nous n’en connaissons pas la teneur exacte, cette hypothèse reste donc aussi valable.

Ainsi et pour conclure tout dépend du document de succession :

- Si Louis y est bien décrit comme présent en 1590, il ne peut pas être décédé à Coutras en 1587 et c’est donc alors au siège de Rouen de 1591 qu’il fut tué. Dans ce cas, il est possible qu’il soit également ce même Robert de Bailleul, capitaine du fort Ste Catherine, tué au même siège.

- Si Louis n’y est que cité sans être présent, il peut alors parfaitement être décédé à Coutras en 1587, et dans ce cas ce Robert de Bailleul, tué à Rouen, fait partie d’une autre famille puisque nous venons de voir que les hypothèses qu’il fut, soit un fils de Louis, soit son père (Gilles), soit un autre frère, ne tiennent pas.

Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais, fils de Gilles de Bailleul, seigneur de Beauvais et de Charlotte de Larré, est donc décédé entre 1587 et 1591, laissant une veuve, Madeleine Le Royer et deux fils mineurs, Jacques et Guillaume de Bailleul. Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil, époux de Madeleine de Harcourt, dame de Franqueville, le frère cadet de Louis et donc oncle de ses enfants, sera curateur de ces derniers jusqu’à leur majorité. Voyons maintenant ce qu’il est advenu des descendants de Louis.

Mais avant, cet aparté, pour expliquer pourquoi je n’utiliserais pas la même méthode d’investigation utilisée pour la branche des Bailleul-Croissanville. Nous voyons qu’à partir des enfants de Louis de Bailleul, nous entrons dans la première moitié du XVIIe siècle pour ce qui concerne leurs éventuels mariages, naissances d’enfants ou décès. Nous serions donc en mesure de trouver des informations sous formes d’actes paroissiaux puisqu’ils apparaissent dès cette période. Mais pour cela, il faudrait identifier précisément les lieux de résidence supposés (en général liés aux seigneuries possédées) de Jacques, seigneur de Beauvais et de Guillaume, "seigneur de Crucey". Or, cela s’avère beaucoup plus compliqué que pour les Bailleul-Croissanville ou même pour les Bailleul-Franqueville/Bellangreville (seigneuries proches de Croissanville et dont nous avons trouvé les membres cités dans des mariages et parrainages avec des Bailleul-Croissanville et dont certains papiers authentiques sont consultables aux archives de Caen). En effet "Beauvais" n’est pas la grande ville de l’Oise mais plus vraisemblablement un hameau ou un lieu-dit (qui semble même ne plus exister sous ce nom !) situé sans l’ancien Maine Normand, c’est à dire entre le Perche et la Sarthe. Quant à "Crucey", l’information semble douteuse tant cette seigneurie nous donne l’impression d’être tombée du ciel. J’estime donc ne pas avoir à prendre la peine d’entamer ces recherches, trop aléatoires, et la laisse aux éventuels descendants de cette branche qui seraient en mesure de remonter leur généalogie jusqu’à Jacques et Guillaume.

Commençons par l’aîné, Jacques de Bailleul, que nous trouvons partout désigné "seigneur de Beauvais", seigneurie héritée de son père à sa majorité et qui fait donc de lui le chef de nom et d’armes de cette branche mais aussi de l’ensemble de la Maison de Bailleul. Une fois de plus nous allons voir ce que nous apprennent nos trois sources principales :

- Dans l’arbre généalogique : Jacques de Bailleul, seigneur de Beauvais, apparaît bien comme un des enfants du couple Louis de Bailleul/Madeleine Le Royer. Il est indiqué qu’il épouse Françoise de "Furgol" ou "Furgor" mais ceci est une mauvaise retranscription de l’arbre comme nous allons le voir par la suite. L’arbre ne nous montre qu’une case vide en guise de descendance pour ce couple.

- Dans "Prosopographie…" de Popoff : Il est bien identifié comme le fils aîné du couple Louis de Bailleul/Madeleine Le Royer sous le nom de Jacques de Bailleul, chevalier, seigneur de Beauvais qui épouse Françoise Turgot, fille de Simon Turgot, seigneur des Planches, de Couvigny et des Essarts et de Françoise de La Rue.

- Dans la généalogie des Harcourt par La Roque, nous trouvons page 426 ce passage à son sujet : "L’aîné, Jacques de Bailleul, chevalier, seigneur de Beauvais qui est mort chef du nom et des armes de Bailleul, épousa Françoise Turgot, fille de Siméon Turgot, seigneur des Planches et de Cauvigny, avocat général en la cour des aides de Rouen, et de Françoise de La Ruë, desquels sont sortis deux fils, seigneurs de Beauvais qui ont fini leurs jours au service du Roi et trois filles". Suivent alors quelques renseignements sur les filles qui donnent :

- Françoise de Bailleul, épouse Georges Roger, sieur de La Ponterie. Mariage annulé par la sentence de l’official d’Evreux. Puis, Paul de Saint Martin, seigneur de Cavigny

- Marie de Bailleul épouse André des Haies, seigneur d’Ercoüelles

- 3ème fille non nommée

On peut alors conclure, en combinant les informations que ces trois sources établissent, que : Jacques de Bailleul est bien le fils aîné du couple Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais et de Madeleine Le Royer. En cela il est donc logique de le trouver désigné seigneur de Beauvais et également chef du nom et d’armes des Bailleul. Il épouse Françoise Turgot dont il a cinq enfants, là où l’arbre ne nous en donne qu’un en guise de case vide, que nous pouvons détailler ainsi : deux fils, non nommés, tous deux tués au service du Roi, et trois filles, Françoise, Marie et la dernière non nommée également.

L’identification précise du nom de la femme de Jacques comme faisant partie de la famille Turgot, m’a permis de confirmer ce mariage par deux extraits de textes qui traitent des Turgot justement. Dans le premier il est indiqué que le septième enfant du couple Simon Turgot/Françoise de La Rue est : "Françoise, dite mademoiselle des Planches, épousa messire Jacques de Bailleul (parti de gueules et d’hermines), chevalier, sieur de Beauvoir". Dans le second : "Une Françoise eut pour mari Jacques de Bailleul, seigneur de Beauvais".

Enfin pour être complet au sujet des sources qui citent Jacques de Bailleul, je rappelle que la lettre d’érection nous indiquait bien qu’un des fils de Louis se prénommait Jacques mais qu’elle le confondait avec Jean de Bailleul-Renouard, père de Françoise de Bailleul-Renouard.

A partir de tous ces éléments, on peut se permettre cette conclusion d’ordre plus général :

Jacques de Bailleul, sans doute né peu après 1570, a dû se marier avec Françoise Turgot à l’orée du XVIIe siècle. Il devait être un contemporain de François de Bailleul, seigneur de Croissanville, son cousin germain, marié en 1629 avec Eléonore de La Moricière. A-t-il été, comme lui, trouvé noble lors de la recherche de 1666, ses armes étant indiquées dans un des extraits ? Nous ne saurions le dire puisque nous ne savons pas où il résidait et donc dans quelle généralité dépendante de quelle province nous pourrions le trouver. Ce qui semble plus établi c’est que sa femme faisait bien partie de l’illustre famille Turgot, d’origine normande, dont descendra plus tard le fameux ministre de Louis XVI. Quant à ce que sont devenus ses deux fils, si on en croit La Roque, ils sont sans doute décédés lors des nombreuses campagnes militaires initiées par Louis XIV. Mais peut-être avons-nous trouvé la trace de l’un des deux : en effet, dans les registres paroissiaux de Quatre-Favrils, nous avons trouvé en date du 11 mars 1657 un Gilles de Bailleul, écuyer, seigneur de Beauvais, désigné comme parrain lors d’un baptême en compagnie de Léonore de Bailleul, désignée comme marraine. Cette dernière, fille de François de Bailleul, seigneur de Croissanville, décédera en 1662. Cette présence, à cet instant, de Gilles, seuls des Bailleul, seigneurs de Beauvais à apparaître auprès des Bailleul-Croissanville, préfigurait-elle un mariage entre les deux branches cousines ? Simple supposition, mais elle montre que le lien, même ténu, existait peut-être encore entre ces deux branches.

Quoiqu’il en soit, on peut alors supposer que la branche des Bailleul-Beauvais, seigneurs de Beauvais, s’éteint avec le décès prématuré des deux fils (dont un serait ce Gilles ?) de Jacques de Bailleul, c’est à dire dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il est peu probable que leur oncle, Guillaume, dit le "seigneur de Crucey" ait pu récupérer la seigneurie de Beauvais au décès de ses deux neveux. Elle est plus vraisemblablement passée par héritage à l’une ou l’autre des filles de Jacques et entrée dans la famille de leurs maris respectifs.

Pour autant les Bailleul, issus du rameau initié par Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais, auraient potentiellement pu perdurer justement grâce ce deuxième fils, Guillaume. Que savons-nous sur lui ? Bien peu de choses en fait :

- Dans l’arbre généalogique : nous ne trouvons qu’une case vide en guise de deuxième fils pour Louis de Bailleul, mais une autre case vide laisse supposer une descendance qui en serait issue.

- Dans "Prosopographie…" de Popoff : seule la mention Guillaume de Bailleul, seigneur de Crucey apparaît pour désigner le second fils du couple Louis de Bailleul/Madeleine Le Royer.

- Dans la généalogie des Harcourt par La Roque, page 426, au sujet de l’union de Louis de Bailleul et de Madeleine Le Royer : "…de laquelle il eut deux fils, Jacques et Guillaume de Bailleul, seigneur de Crucey".

Voici donc les seules sources qui témoignent de son existence. La lettre d’érection mentionnait bien un deuxième fils pour Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais, mais en le désignant sous le nom de Robert de Bailleul, capitaine du fort Ste Catherine, tué au siège de Rouen. Or, j’ai amplement démontré que cette information est erronée. De plus, les quelques recherches que j’aie pu faire sur l’existence d’un "Bailleul, seigneur de Crucey" n’ont rien donné. En partant de l’hypothèse que Guillaume aurait hérité de cette seigneurie de sa mère, Madeleine Le Royer, fille du seigneur de La Brisolière, j’ai tenté de faire la corrélation entre "Royer", "Brisolière", "Crucey" sans aucun succès. Enfin, en regardant la photographie de l’arbre généalogique (et pas seulement sa retranscription), on se rend compte que le dessin de la case représentant l’éventuelle descendance de Guillaume de Bailleul est fait de telle manière qu’il semble signifier que la généalogie s’arrête ici pour ce rameau.

Devant le manque d’information concernant Guillaume, sa désignation aléatoire (et donc contestable) en tant que "seigneur de Crucey", l’absence de précision quant à un éventuel mariage, et l’arbre qui se termine sur un éventuel enfant de ce dernier sans aller plus loin, je considère comme fort vraisemblable qu’aucun Bailleul n’a pu perdurer non plus au-delà du XVIIe siècle à partir de Guillaume.

Pour conclure, tout porte donc à croire que la branche des Bailleul-Beauvais, branche aînesse des Bailleul, dont Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais, a assuré la continuité, s’est éteinte dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.

Cette pénurie d’information ne se retrouve pas pour la branche des Bailleul-Montreuil-Franqueville/Bellengreville initiée par le frère cadet de Louis, Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil, qui deviendra, en épousant Madeleine de Harcourt, également seigneur de Franqueville/Bellengreville. Au contraire, non seulement nous avons pu consulter des documents originaux concernant des membres de cette branche aux archives départementales de Caen, mais aussi découvrir de nombreux actes les mentionnant dans les registres paroissiaux. Ces deux types de sources de "première main", puisque justement nous les avons tenues entre nos mains pour les premiers, et déchiffrées directement d’après les registres originaux pour les seconds, permettent de compléter et d’officialiser ce que nous apprennent, par ailleurs, nos trois sources principales. Elles seront complétées par des sources annexes tirées de différents ouvrages, ce qui nous donnera un ensemble d’informations presque aussi riche que celui qui nous a permis d’établir la généalogie de la branche des Bailleul-Croissanville.

Cette branche commence donc avec Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil. Voici l’ensemble des données que nous avons pu réunir sur lui, en commençant une fois de plus par nos trois sources principales :

- Dans l’arbre généalogique de la Maison de Bailleul : il est décrit comme fils du couple Gilles de Bailleul, seigneur de Beauvais/Charlotte de Larré et désigné comme "Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil", chevalier de l’ordre du Roi, qui épouse Magdeleine de Harcourt, dame de Bailleul. L’arbre nous donne trois enfants pour ce couple : Robert de Bailleul, seigneur de Bailleul, François de Bailleul, seigneur de Bellangreville, et une case vide.

- Dans "Prosopographie…" de Popoff : il est carrément désigné comme l’initiateur de la troisième branche des Bailleul, celle dite "des Bailleul, seigneurs de Montereul et de Bailleul, depuis 1591 jusqu’en 1646" et décrit longuement ainsi :

- "Gilles de Bailleul, chevalier, seigneur de Montereul et d’Averville, deuxième fils de Gilles de Bailleul, seigneur de Beauvais, et de Charlotte de Larré, épousa Magdelaine de Harcourt, dame de Bailleul et de Franqueville, fille de Jacques de Harcourt, seigneur de Franqueville…, laquelle de Harcourt hérita de la seigneurie de Bailleul par la mort de Pierre de Harcourt, son cousin germain, et ainsi cette seigneurie est entrée dans la maison de Bailleul après en être sortie plus de 300 ans auparavant. Les enfants sortis de ce mariage sont ceux qui suivent : Robert de Bailleul, seigneur de Bailleul et François de Bailleul, seigneur de Bellengreville."

- Dans la généalogie des Harcourt par La Roque, on trouve les passages suivant qui le cite :

Page 426 : "Louis, Gilles et Yves qui firent des lots et partages passés devant les tabellions d’Argentan le 10 février 1590 des succession de leur père et mère"

Puis plus loin : "Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil, 2nd fils de Gilles de Bailleul, seigneur de Beauvais, eut trois fils dans cet ordre : Robert de Bailleul, François de Bailleul, seigneur de Franqueville et François de Bailleul, seigneur de Bellengreville"

Enfin page 508 : "Madeleine de Harcourt, héritière de la terre de Bailleul au décès de Pierre de Harcourt, son cousin germain, seigneur de Bailleul. Elle épouse Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil par traité passé à Trun en 1588". S’ensuit une description de leur descendance :

- Robert de Bailleul, seigneur de Bailleul qui épouse Charlotte de Harcourt en 1632

- François de Bailleul, seigneur de Franqueville

- François de Bailleul, seigneur de Bellengreville

On peut alors conclure que Gilles de Bailleul est bien le second fils du couple Gilles de Bailleul/Charlotte de Larré. Il hérite donc de son père de la seigneurie de Montreuil et devient seigneur de ce lieu, ainsi que d’une autre seigneurie dont le nom se termine en "ville", Anville ou Ammeville (j’ai déjà évoqué longuement le problème d’identification de cette seigneurie que l’on retrouve également dans la branche des Bailleul-Croissanville). En épousant Madeleine de Harcourt en 1588, il devient seigneur de Franqueville, puis, quand cette dernière hérite de la seigneurie de Bailleul, également seigneur de Bailleul. Le couple aurait alors trois fils : Robert, seigneur de Bailleul, François, seigneur de Franqueville, et François, seigneur de Bellengreville.

Pourtant, "Prosopographie…" ne donne que deux fils, occultant François, seigneur de Franqueville, comme le fait en quelque sorte l’arbre qui ne donne qu’une case vide pour le représenter éventuellement. Pourquoi cette différence entre les sources ? Je pense que la raison est double :

- Nous savons de façon certaine par l’acte de mariage de 1688 qu’un Gilles de Bailleul, fils d’un François de Bailleul, seigneur de Franqueville (et d’Ammeville) a épousé Françoise de Bailleul, la fille de Jacques de Bailleul, 1er marquis de Croissanville. Il existait donc bien un François de Bailleul, seigneur de Franqueville, époux d’une Catherine de Larcher comme l’indique l’acte. Mon hypothèse est que l’arbre généalogique ne l’identifie pas lui, ainsi que ses descendants, parce que cela révélait de façon trop directe qu’il y ait eu union entre membres du même nom et de même famille. On peut s’étonner d’une telle pudeur, mais n’oublions pas que l’autre mariage (entre François de Bailleul, seigneur de Vicques et Marie-Françoise de Bailleul de Croissanville en 1710), qui avait lui aussi nécessité une dispense de l’église, est également absent de l’arbre ! Si l’arbre a bien été établit du temps de Toussaint François de Bailleul, comme je le suppose, il serait tout de même curieux qu’il ait ignoré que sa tante ou que la tante de sa mère (si cette dernière est la fille de François, 2nd marquis de Croissanville) ait épousé un Bailleul, tout comme sa mère d’ailleurs. L’église ne voyait pas d’un bon œil ces mariages entre cousins (même éloignés) mais nous découvrons ici peut-être, que les familles nobles n’en étaient pas très fières non plus. L’arbre indique bien l’existence d’un François, seigneur de Bellengreville comme fils du couple Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil/Madeleine de Harcourt mais n’indique aucune descendance et précise même "mort sans enfant". Le Gilles qui s’est marié en 1688 avec une Bailleul ne peut donc être issu de ce François, seigneur de Bellengreville, mais bien d’un autre fils représenté par la case vide de l’arbre qui donne d’ailleurs une descendance à ce personnage anonyme que nous savons alors être François, seigneur de Franqueville par l’acte de 1688.

- "Prosopographie…", qui n’a pas à faire preuve de la même pudeur que l’arbre, n’indique pourtant pas l’existence du troisième fils, François, seigneur de Franqueville. D’après moi, c’est parce qu’il est confondu avec son frère et homonyme, François, seigneur de Bellengreville. Non seulement le prénom est le même, mais les deux seigneuries se confondent car elles sont très proches géographiquement et seront liées administrativement à un moment. Il est donc aisé de comprendre que face à deux frères portant le même prénom et qui sont désignés seigneurs de deux seigneuries, au départ distinctes, mais qui seront regroupées en une seule par la suite, on ait pu conclure qu’il s’agissait de la même personne. La preuve d’une telle confusion entre les deux seigneuries se trouve dans "Mémoires pour servir à l’état historique et géographique du diocèse de Bayeux" par G. Le Hardy, 1894, pages 105 et 106. On y lit : "Le terrain qui compose aujourd’hui la paroisse de Bellengreville était partagé anciennement en 2 paroisses distinctes de nom et de patron; l’une sous le nom de Notre-Dame de Bellengreville, l’autre sous celui de Saint-Pierre de Franqueville. Les 2 seigneurs, qui étaient frères, et de l’illustre maison de Bailleul, obtinrent la réunion des 2 cures, en faveur d’un de leurs neveux qui en avait été pourvu, et la réunion, dont les titres doivent être parmi ceux de la maison seigneuriale de Franqueville, a toujours subsisté depuis ce temps-là". On a donc bien là deux frères, seigneurs de deux paroisses distinctes, Franqueville et Bellengreville, qui seront réunies en une seule, d’où la confusion possible.

Ce sont donc bien trois fils qui sont issus du couple Gilles de Bailleul/Madeleine de Harcourt. Comment aurait-il pu en être autrement ? Sinon, que serait devenue la seigneurie de Franqueville, soudain disparue dans le partage des seigneuries entre un Robert, seigneur de Bailleul et un unique François, seigneur de Bellengreville ? Le scénario que nous retenons est donc le suivant :

- L’aîné, Robert, devient seigneur de Bailleul, seigneurie dont sa mère a hérité de son cousin germain.

- Le cadet, François, devient seigneur de Franqueville, seigneurie apportée en dot par sa mère. Comme l’indique le texte au-dessus, deux paroisses en dépendent, celle de Franqueville et de Bellengreville.

- Le benjamin, François, devient du coup seigneur de Bellengreville, paroisse distincte, mais "sous-seigneurie" dépendant de celle de Franqueville qui est en quelque sorte partagée.

Gilles de Bailleul, fils de François de Bailleul, seigneur de Franqueville, obtiendra la réunion des deux seigneuries qu’il vendra en 1693 à la famille des Asnières (comme nous l’avons vu dans le chapitre "recherches Croissanville", puis elle passera dans celle des Subtil de Beauhamel). Mais depuis, Bellengreville se développera bien plus que Franqueville, au point que cette dernière finira dissoute dans la première alors qu’elle avait le pas sur elle auparavant. Il n’est donc pas étonnant que certains aient pu ne pas comprendre qu’il avait existé un François, seigneur de Franqueville alors qu’ils trouvaient un François seigneur de Bellengreville, nom de la seigneurie qui regroupait les deux dorénavant. Franqueville chapeautant d’abord, puis réunie, dépassée, et enfin dissoute dans Bellengreville, occultera, par sa destinée administrative, l’ancien seigneur de son nom.

Voyons maintenant dans quelles autres sources, nous trouvons des renseignements sur Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil, puis de Franqueville/Bellengreville.

Nous remarquons tout d’abord qu’il n’est aucunement fait mention de lui dans la lettre d’érection en marquisat. La véritable raison est simple puisque la description généalogique concerne la branche des Bailleul-Croissanville dont il ne fait pas partie. Pourtant, je pense que son absence est symptomatique de l’erreur du rédacteur du texte qui a fait de Louis de Bailleul l’ancêtre de tous les Bailleul qu’il décrit. L’auteur n’a pas du comprendre qu’il avait existé trois frères, Louis, Gilles et Yves, à l’origine de trois branches distinctes.

Voici les autres documents qui citent Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil, dans l’ordre chronologique quand il est possible de les dater :

- Aux archives de Caen : un document original impossible à dater cite un Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil et de Bellengreville.

- Dans l’extrait de texte (plusieurs fois cité) au sujet des enfants mineurs de Louis de Bailleul : période 1587/1591, Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil est désigné oncle et curateur de ces enfants.

- Dans un "Bulletin de la Société d’Agriculture de la Sarthe", on trouve l’extrait suivant : "Une Madeleine d’Assé, mariée à Jacques de Harcourt, comte de Franqueville, en eut une fille Madeleine, qui mariée en 1588 à Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil (actuellement Montreuil-la-Combe, Orne) fit entrer Noëromée dans la famille de Bailleul où il ne resta que 12 ans pour être acheté par messire C. Gaultier, seigneur…". A partir de 1588, date de son mariage, Gilles serait donc aussi devenu seigneur de Noëromée, terre sans doute localisée dans la Sarthe. Cet extrait pose également le problème de la localisation de la seigneurie de Montreuil dont nous allons discuter plus loin tant elle est complexe.

- Dans "Inventaire sommaire des Archives Départementales antérieures à 1790 du Calvados, archives civiles, série E, tome 1er, pour le Duché d’Harcourt" : on trouve des dizaines de références concernant nos Bailleul car cette source recense de nombreux documents de la famille Harcourt que nous savons liée aux Bailleul. Je détaillerais ailleurs (dans le chapitre "recherches Bailleul") l’importance de cette source découverte récemment (septembre 2012) pour ne donner ici que ce qu’elle nous apprend sur Gilles de Bailleul et ses descendants. Ainsi, nous trouvons pour Gilles :

- Page 9 : en 1588 présence à une délibération de "Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil et de Lamberville". On retrouve une fois de plus la fameuse seigneurie en "ville" déclinée sous une énième appellation.

- Page 27 : en 1592, rôle d’une montre faite à Lisieux de la compagnie de 50 hommes d’armes du seigneur de Beuvron (cf. Harcourt) et paiement de : "146 écus et 40 sols à Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil, guidon (cf. officier porte-étendard)". Document important car il montre que Gilles faisait partie de la compagnie d’un Harcourt, seigneur de Beuvron. Dans ce cas, cela confirmerait en quelque sorte la meilleure carrière militaire de son frère Yves, qui lui, était dans la compagnie des gens d’armes du Roi.

- Page 39 : en 1598 :"procédure devant Jacques Blondel, écuyer, lieutenant du Bailli de Caen, pour Yves (sic Gilles ! ) de Bailleul, sieur de Montreuil et Yves de Bailleul, écuyer, son frère, héritiers à cause de leurs femmes de Pierre d’Harcourt, sieur de Bailleul, héritier de Gallois d’Harcourt, sieur de Bailleul contre Pierre d’Harcourt, baron de Beuvron". Il ne peut s’agir ici que de Gilles, improprement prénommé "Yves" dans ce document puisque son frère Yves est bien présent dans cette procédure. Cette dernière devait concerner l’héritage du cousin germain de leurs femmes respectives. Le fait que Yves y soit mêlé montre sans doute qu’il y a eu partage entre les deux sœurs, contesté par un autre cousin Harcourt.

- Page 200 : en 1601 : "Charge baillée au sergent ou prévôt de la baronnie (de Cléville) pour paiement des redevables en 1601 : …Gilles de Bailleul, à cause de sa femme, pour le fief de Glatigny…". Il est curieux de trouver Gilles redevable pour le fief de Glatigny car celui-ci jouxte Croissanville. On aurait donc plutôt attendu Yves, seigneur de Croissanville, cité pour ce fief…

- Page 203 : en 1602/1604 : "Charges des rentes extraites sur les aveux rendus par les hommes et tenants de la baronnie de Méry, Cléville, Bissières, et sur les reconnaissances qu’ils ont faites aux gages-plèges et pleds : Gilles de Bailleul, écuyer, sieur de Franqueville, à cause de sa femme, pour un fief assis à Glatigny, 40 sols ; le même pour un autre fief nommé le fief du Quesnay…". Idem, et également pour le fief du Quesnay qui appartiendra pourtant bien à Jacques de Bailleul, 1er marquis de Croissanville, issu de Yves deux génération après. Cela montre peut-être que le partage des seigneuries provenant des Harcourt entre les deux frères n’était pas aussi limpide qu’il n’y paraît au premier abord. Certes, Croissanville va à Yves et Franqueville à Gilles, mais pour le reste des terres et fiefs, cela semble plus flou…

- Dans la recherche de noblesse de Mesmes de 1598 : "Coutances, du vendredi 4 juin 1599 : Gilles de Bailleul sieur de Montreuil fils Gilles demeurant à Ammeville, Sergenterie de Jumel, Election de Falaise, a de fils Robert et François…". Ici, le premier "Gilles" cité est le père du "Gilles" qui nous concerne ici. Notre "Gilles" demeurerait à Ammeville à cette date (ce qui confirmerait l’appartenance de cette seigneurie mystère à cette branche) et aurait deux fils sur les trois attendus. Mais peut-être qu’en 1598, le deuxième François n’était-il encore pas né, ce qui expliquerait son absence ?

- Dans "Inventaire sommaire des archives départementales de la Sarthe antérieures à 1790, série G, archives ecclésiastiques", page 30, pour la période de 1607 à 1611, au 8 mai 1607 : "L'archidiacre de Laval déclare avoir reçu la somme de 180 liv. pour les ventes d'un contrat d'acquisition, par noble homme René de Barat, de la terre, fief et seigneurie de Moyere, en Piacé, au fief du chapitre, vendu par noble Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil, moyennant la somme de 9,000 liv. tournois." Gilles de Bailleul était donc également propriétaire de la seigneurie de Moyere dans la Sarthe. C’est la première fois que nous entendons parler de cette seigneurie, peut-être héritée de sa femme, mais qui pouvait tout aussi bien faire partie du patrimoine initial des Bailleul dont nous ignorons en vérité toute l’étendue.

- Dans les archives départementales de la Sarthe, à Assé-le-Boisne, canton de Fresnay, Sarthe, daté du 11 mars 1630 : "Madeleine d’Harcourt, demoiselle, dame de Monstereul, Franqueville et Noëromé" est désignée marraine en compagnie de "Robert de Bailleul, écuyer, seigneur dudit lieu" comme parrain. Pas de Gilles de Bailleul dans ce document ! Mais bien son fils aîné, Robert de Bailleul, et celle qui ne peut-être que sa femme dans la personne de cette Madeleine d’Harcourt. Il est tout de même curieux de la voir désignée "demoiselle". C’est soit une erreur ou alors cela sous-entend qu’elle était veuve. Dans ce cas on peut supposer que Gilles était décédé à cette date de 1630. Remarquons également que ce document provient des archives de la Sarthe. La terre de Noëromé devait donc bien y être localisée et les Bailleul de cette branche semblaient, de quelque manière encore, liés à cette région.

Pour conclure sur Gilles de Bailleul, l’ensemble de ces documents annexes ne nous apporte pas d’informations capitales à son sujet. Néanmoins, en l’absence d’actes paroissiaux qui donnerait un caractère incontestable aux informations généalogiques le concernant (comme c’est aussi le cas pour son frère Yves…), ils ont le mérite de nous permettre de confirmer et de préciser ce que nous apprenaient nos trois sources principales.

Ainsi, on peut sans l’ombre d’un doute, affirmer qu’il a bien existé un Gilles de Bailleul, frère de Louis et de Yves, et fils de Gilles de Bailleul, seigneur de Beauvais et de Charlotte de Larré. D’abord seigneur de Montreuil, il devint ensuite seigneur de Franqueville, Bailleul, et Noëromé (entre autres) par son mariage en 1588 avec Madeleine de Harcourt. Il eut trois fils, Robert, François, et François, qui devinrent successivement seigneurs de Bailleul, Franqueville, et Bellengreville. Faisant partie de la compagnie d’hommes d’armes du seigneur de Beuvron, on peut alors mettre en doute sa qualité de chevalier de l’ordre du Roi dont seul l’arbre généalogique le gratifie (tout comme c’était le cas pour son frère Louis). Sa carrière fut sans doute moins brillante que celle de son frère Yves et moins glorieuse que celle de Louis, tombé au combat. Tuteur des enfants mineurs de ce dernier, on peut se demander où il résidait principalement. Il y avait un château ancien à Franqueville, et en tant que seigneur du lieu, il est possible qu’il y habitât. On le trouve pourtant résidant à Ammeville dans la recherche de 1598, autre seigneurie semblant lui appartenir. Enfin, on peut supposer qu’il est décédé avant 1630.

Reste à éclaircir le petit mystère que l’on trouve dans "Prosopographie…" qui le désigne comme l’initiateur de la troisième branche des Bailleul, celle dite "des Bailleul, seigneurs de Montereul et de Bailleul, depuis 1591 jusqu’en 1646". Pour en comprendre le sens il est nécessaire de s’attarder sur les deux dates données : "1591" est la date supposée par "Prosopographie…" du décès de Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais, qui en tant que fils aîné, a assuré la continuité de la deuxième branche (aînée depuis 1510) des Bailleul, celle des seigneurs de Beauvais. "1646" peut signifier la date de l’information généalogique la plus récente que contient "Prosopographie…", mais elle peut aussi signifier qu’à cette date, la lignée initiée par Louis est déjà éteinte (en effet, nous la supposions éteinte dans la deuxième moitié du XVIIe siècle). Dans ce cas, on peut interpréter les choses ainsi : "Prosopographie…" considère donc que la branche aînée issue de Louis de Bailleul (la deuxième) est éteinte en 1646 et remonte à 1591, date de son décès, pour dater le commencement de la troisième initiée par son cadet, Gilles, seigneur de Montreuil. C’est un parti pris étrange car nous savons que Louis a eu une descendance mâle de deux générations. On pourrait logiquement penser que c’est à la date du décès du dernier représentant de la deuxième branche que devrait commencer la troisième. Pourtant "Prosopographie…" ne procède pas comme cela. C’est peut-être une règle généalogique que j’ignore…

Quoiqu’il en soit, faire de Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil, l’initiateur de la troisième branche des Bailleul, prouve bien, comme nous le supposions, que les Bailleul-Beauvais, issus de Louis, se sont éteint dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Cela montre aussi qu’il était bien le cadet de Louis puisque à la date du décès de ce dernier, c’est lui qui devient l’initiateur de la troisième branche et non Yves, le benjamin. Mais dans le cadre de cette logique particulière, que devient justement la branche initiée par Yves de Bailleul, seigneur de Croissanville ? Elle n’a aucune importance pour l’instant ! En effet, de branche benjamine, elle est devenue cadette au décès du dernier représentant de la branche des Bailleul-Beauvais, ce qui est insuffisant pour donner naissance à une branche d’après la règle définie par "Prosopographie…". Yves de Bailleul ne pourrait donner naissance à une quatrième branche des Bailleul que si la troisième venait à s’éteindre.

C’est cette continuité de la branche des Bailleul-Montreuil-Franqueville, issue de Gilles de Bailleul, que nous allons étudier maintenant à travers l’analyse des informations que nous avons pu réunir sur ses descendants.

Commençons tout d’abord par Robert de Bailleul, fils aîné de Gilles :

- Dans l’arbre généalogique de la Maison de Bailleul : il est présenté comme fils du couple Gilles de Bailleul/Madeleine de Harcourt sous la désignation de Robert, seigneur de Bailleul qui épouse Charlotte de Harcourt, héritière des terres de (Matignon ?) et de (Messe ?) (la retranscription est imprécise ici). L’arbre donne trois enfants pour ce couple :

- Robert, seigneur de Bailleul, Messe et autres terres qui épouse Balue de (Rosaignon ? Retranscription imprécise).

- François de Bailleul, de (Serre ?), capitaine de ???, Gentilhomme ???

- Une case vide.

- Dans "Prosopographie…" de Popoff, il est décrit ainsi : "Robert de Bailleul, chevalier, seigneur de Bailleul, fils aisné de Gille, et de Magdelaine de Harcourt, épousa Charlotte de Harcourt, fille de Robert de Harcourt, chevalier, seigneur de Chastignonville et de La Londe…et de Magdelaine Mallet, héritière de Heussay".

- Dans la généalogie des Harcourt par La Roque, on trouve les informations suivantes au sujet du couple Robert de Bailleul/Charlotte de Harcourt, pages 419 et 426 :

Cela commence par une description de la descendance des parents de Charlotte de Harcourt qui n’ont eu que cinq filles et aucun fils :

- Charlotte de Harcourt, dame de Chastignonville, du Repas, Boissey et autres terres

- Gilone de Harcourt, dame de Fourneaux et de Heffey

- Françoise de Harcourt, religieuse de sainte Claire à Argentan

- Madelaine de Harcourt, religieuse à Argentan

- Marie de Harcourt, religieuse à Argentan

Puis il est dit que Charlotte de Harcourt, "héritière de son chef des terres de Chastignonville, de La Nocherie, de Boutemont, du Mesniladelée, de La Haie en Basselin", fera 3 mariages dont le premier "le 27 mars (homologué le 3 avril) 1632 avec Robert de Bailleul, seigneur de Beauvais (sic), fils de Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil et de Madeleine de Harcourt, dame de Franqueville. De ce mariage est issu le seigneur de Bailleul maintenant chef du nom et des armes et ses autres frères et sœurs ; ayant aussi des enfants de sa femme, fille de Pierre de Rosnivinien, seigneur de Chamboy, et de Françoise d’Illiers, fille d’Elie d’Illiers, baron des Adrets, et de Marguerite de La Vove".

On peut alors résumer ainsi les informations que nous apportent nos trois sources principales :

Robert de Bailleul est bien le fils aîné du couple Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil/Madeleine de Harcourt, dame de Franqueville et héritière de la terre de Bailleul. Il est donc logiquement désigné "seigneur de Bailleul".

On est presque sûr que cette terre de Bailleul est bien celle qui a donné initialement le nom de notre famille. En effet, l’arbre généalogique prend la peine de nous expliquer sa transmission par les filles dans différentes familles à partir du début du XVe siècle : des Bailleul aux Prost, puis des Prost aux Ferrières, des Ferrières aux Harcourt, enfin nous savons qu’elle est revenue aux Bailleul par l’héritage de Madeleine de Harcourt, mère de notre Robert. Pourtant, "Prosopographie…" donne une version différente de cette transmission : il l’a fait débuter dès la fin du XIIIe siècle par l’union d’une Bailleul avec un Cambray, puis des Cambray aux Ferrières. Or la généalogie des Harcourt par La Roque nous apprend que la terre de Bailleul est entrée dans cette famille par l’union d’un Harcourt avec une Ferrières au tout début du XVe siècle. Cette version est beaucoup plus logique puisqu’elle laisse aux Harcourt le temps d’hériter de cette terre après le passage dans deux autres familles, ce qui est impossible dans la version donnée par l’arbre. La séquence proposée par l’arbre est donc fausse. Nous verrons en son temps la raison de cette "tricherie" de l’arbre qui est liée à la problématique des Bailleul, Rois d’Ecosse dans le chapitre qui lui sera consacré.

Robert de Bailleul, seigneur de Bailleul épouse le 27 mars 1632 Charlotte de Harcourt, dame de Chastignonville, fille de Robert de Harcourt et de Madeleine Mallet. Sa femme est donc issue d’une branche cousine de la mère de Robert. On peut donc penser que ce mariage a nécessité une dispense, mais je n’en ai aucune trace pour le moment. On remarque également que cette union a les mêmes caractéristiques que celle du père de Robert. Dans les deux cas les parents de la marié n’ont eu que des filles et ont donc vu leur patrimoine se transmettre en grande partie à leurs gendres. Plusieurs enfants sont sortis de cette union d’après La Roque, ce que confirme l’arbre en indiquant trois cases dont deux identifiées.

Voyons maintenant les autres informations que nous avons pu réunir sur Robert de Bailleul :

- Dans les archives départementales de la Sarthe, à Assé-le-Boisne, canton de Fresnay, Sarthe, daté du 11 mars 1630 : "Madeleine d’Harcourt, demoiselle, dame de Monstereul, Franqueville et Noëromé" est désignée marraine en compagnie de "Robert de Bailleul, écuyer, seigneur dudit lieu" comme parrain. Document déjà cité précédemment au sujet de la probable mort de Gilles, le père de Robert à cette date. Robert de Bailleul, seigneur de Bailleul, n’est pas encore marié à ce moment.

- Dans "Inventaire sommaire des Archives Départementales antérieures à 1790 du Calvados, archives civiles, série E, tome 1er, pour le Duché d’Harcourt" voici les documents qui citent Robert de Bailleul par ordre chronologique :

- 1635/1636 : "Défense en vicomté de Bayeux aux fermiers de Paul Suhard de se déssaisir des deniers arrêtés en leurs mains à la requête de Jacques d’Harcourt et Robert de Bailleul." A cette date, Robert est donc déjà marié à Charlotte de Harcourt dont le père était Robert de Harcourt. Mais qui est ce "Jacques d’Harcourt" ? Il est peu vraisemblable qu’il s’agisse du grand-père maternel de Robert qui pourtant portait ce prénom. Les documents suivants ajoutent à la confusion concernant l’identification de ce personnage. Paul Suhard était un seigneur des environs d’Isigny (qui se trouve à la frontière de La Manche et du Calvados). Les intérêts des Harcourt et des Bailleul s’étendaient donc sur une surface importante en Normandie.

- En 1636 : bail judiciaire (du fief de Querville ?) fait à Argence entre Madeleine de Pinot, veuve de Daniel de Massy, à Robert de Bailleul, moyennant 15 livres pour un an. L’identification du fief concerné n’est pas certaine ici mais il est situé assurément dans le Calvados…

- Le 1er avril 1636 : "Compte rendu par Robert de Bailleul, seigneur dudit lieu, héritier pour moitié à cause de Charlotte de Harcourt, son épouse, de Jacques de Harcourt, chevalier, seigneur de Chastillonville, à Françoise de Harcourt, dame de Chastillonville, héritière de l’autre moitié dudit d’Harcourt, de sa gestion de tuteur de ladite Françoise suivant acte exercé aux assises mercuriales d’Argentan tenues par le lieutenant général au bailliage et siège présidential d’Alençon le 1er avril 1636." Charlotte de Harcourt, femme de Robert de Bailleul, est désignée dans ce document, héritière d’un "Jacques de Harcourt, seigneur de Chastillonville". Or nous savons qu’elle est la fille de Robert de Harcourt, seigneur de Chastignonville. Sachant qu’elle n’avait pas de frère, ce "Jacques" ne peut être que son père prénommé autrement ou alors un oncle. Le fait qu’elle soit héritière pour moitié avec une Françoise de Harcourt (même prénom qu’une de ses sœurs, religieuse) laisse penser qu’il s’agit donc bien ici de son père, prénommé autrement. Robert de Bailleul était donc tuteur des biens de sa belle-sœur.

- En 1649, succession de Jacques de Harcourt, marquis de Beuvron : paiement d’une somme "au sieur de Bailleul, gendre du sieur de Chastignonville" pour arrérage de rente. Un "sieur de Bailleul" qui était gendre d’un "sieur de Chastignonville", ne peut être que Robert de Bailleul, sieur de Bailleul, époux de Charlotte de Harcourt, fille de Robert (alias Jacques) de Harcourt, sieur de Chastignonville ! Mais attention ! Ce Jacques de Harcourt, marquis de Beuvron n’est pas son beau-père qui n’a jamais été "marquis de Beuvron" et de plus, en 1649, Robert de Bailleul était déjà décédé comme nous allons le voir plus loin. Il s’agit sans doute ici d’une dette du marquis de Beuvron qui a couru bien après la mort de notre Robert.

- Dans "Recherches historiques sur la châtellenie et la paroisse d’Assé-le-Boisne, Sarthe", document non disponible en totalité, dont voici quelques extraits qui citent Robert de Bailleul :

- Le 27 mai 1637 : "Jacques Le Feron, écuyer, sieur de Prez, fit aveu à Robert de Bailleul, seigneur de La Poterie…" Ce "Robert de Bailleul, seigneur de La Poterie" est bien notre Robert puisque son beau-père, Robert de Harcourt était également seigneur de La Poterie. Une fois de plus, on trouve ici une seigneurie située dans La Sarthe, possédée par cette branche des Bailleul.

- En 1642 : "devant notaires à Argentan, messire François de Bailleul, l’aîné, chevalier, seigneur de Franqueville, tuteur des enfants de feu messire Robert de Bailleul, chevalier, …". Document très important à deux niveaux car, d’une part, il nous donne une estimation de la date de décès de Robert de Bailleul : peu avant ou en 1642. Et d’autre part, il confirme bien l’existence de François de Bailleul, seigneur de Franqueville, comme frère cadet (devenu aîné, donc) de Robert.

- "…pouvoir de noble dame Charlotte de Harcourt, veuve de messire Robert de Bailleul, tutrice de leurs enfants mineurs, - vendent, moyennant cinq mille livres, à messire Charles Gautier, seigneur de Saint-Victeur, Chiffreville et Sévigny (Orne), gentilhomme ordinaire du duc d’Orléans, - le fief noble, terre et seigneurie de Noëromée,…". La construction de la phrase : "vendent", alors qu’il n’y a qu’un sujet (Charlotte) qui apparaît ici, laisse penser qu’il manque un vendeur dans cet extrait. Il se pourrait donc que l’extrait précédent (ils sont sur la même page) soit en fait le début du paragraphe. Dans ce cas, ce serait François de Bailleul, seigneur de Franqueville et Charlotte de Harcourt, tuteur et tutrice des enfants de Robert de Bailleul, qui vendent Noëromée à Charles Gautier en 1642. Il se peut d’ailleurs que Robert soit bien décédé en 1642 et que la vente de Noëromée se soit faite la même année.

Ces documents supplémentaires qui citent Robert de Bailleul confirment bien les informations données par nos trois sources principales et permettent de préciser par ailleurs que :

Robert de Bailleul est né entre 1588 (date de mariage de son père Gilles avec Madeleine de Harcourt) et avant 1598 (recherche de noblesse de Mesme qui décrit deux fils pour Gilles à cette date : Robert et François). Il épouse en 1632 Charlotte de Harcourt et avait donc une quarantaine d’années à cette date. Il serait décédé vers 1642, c’est à dire aux environs de la cinquantaine, ce qui n’est finalement pas une mort si prématurée que ça. Cette date de décès est cohérente avec le fait que sa veuve se soit mariée deux fois par la suite d’après La Roque : D’abord à une date indéterminée pour son second mariage, puis en 1659 pour son troisième. Elle est également cohérente avec le fait que La Roque ne le désigne pas lui, mais son fils, comme chef de nom et d’armes de la famille puisqu’en 1642 les descendants de Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais (branche aînesse des Bailleul) sont vraisemblablement encore vivants.

Il est assez difficile de déterminer avec précision les seigneuries qu’il possédait : Bailleul, assurément (mais il n’y a aucune certitude quant à sa localisation dans l’Orne) - Querville dans le Calvados, peut-être - La Poterie et Noëromée, dans la Sarthe, certainement. Par contre, il ne semble pas avoir été seigneur de Chastignonville, si ce n’est "pour moitié". Son lieu de résidence est alors peu évident à localiser même si plusieurs éléments laissent à penser qu’il devait être situé plutôt dans la Sarthe.

Enfin, les informations données par l’arbre généalogique et par La Roque sur sa descendance trouvent leur confirmation dans le dernier document qui cite des enfants mineurs à la date de son décès.

C’est ce que nous allons tenter de détailler maintenant à travers l’étude de la descendance de Robert de Bailleul :

D’après l’arbre généalogique, il est question de trois enfants : Robert de Bailleul, François de Bailleul, et une case vide (peut-être une fille). La retranscription imprécise des informations concernant les deux personnages cités représente un obstacle que nous permet de franchir La Roque.

En effet, d’après la généalogie des Harcourt par La Roque, au sujet du mariage de Robert de Bailleul et de Charlotte de Harcourt, on trouve : "De ce mariage est issu le seigneur de Bailleul maintenant chef du nom et des armes et ses autres frères et sœurs ; ayant aussi des enfants de sa femme, fille de Pierre de Rosnivinien, seigneur de Chamboy, et de Françoise d’Illiers, fille d’Elie d’Illiers, baron des Adrets, et de Marguerite de La Vove". Là où la retranscription imprécise de l’arbre indiquait un Robert de Bailleul qui épouse une "Balue de Rosaignon", on sait maintenant que le fils aîné du couple Robert de Bailleul/Charlotte de Harcourt est Robert de Bailleul qui épousa une Rosnivinien, fille du seigneur de Chamboy. Par contre, si La Roque confirme bien plusieurs enfants pour le couple, dont un frère, il ne permet pas de les identifier.

"Prosopographie…" de Popoff ne nous est d’aucun secours pour cela puisque sa description généalogique s’arrête avant cette génération.

La confirmation de ce qu’avance La Roque se trouve dans deux extraits, l’un tiré de "La province du Maine", année 1904, page 318, qui indique que : Louise d’Illiers (née en 1605), fille d’Elizée d’Illiers, seigneurs des Radrets et de Marguerite de La Vove, épousa Pierre de Rosnyvinien, seigneur de Chamboy en mai 1628.

L’autre de "Société historique et archéologique de l’Orne", bulletin n°24 à 25, 1905, page 129, qui nous apprend que : Jacques de Bailleul, seigneur de Bailleul et de Montreuil, mort en 1713 sans héritier, époux de Marie de La Vove, est le fils de Robert de Bailleul, sieur de Choiseul (sic ?) et de Félice de Rosnivinien.

En combinant les informations de ces deux derniers documents avec ce que nous apprend La Roque, on arrive alors à la chronologie suivante :

- Pierre de Rosnivinien (ou Rosnyvinien ou Rosnivignain, d’après La Roque et d’autres sources), seigneur de Chamboy, épouse en 1628 Louise d’Illiers (ou Françoise d’après La Roque) qui est la fille d’Elizée d’Illiers (ou Elie d’après La Roque), seigneur des Radrets (ou Adrets d’après La Roque) et de Marguerite de La Vove. Ils ont une fille, Félice de Rosnivinien qui épouse Robert de Bailleul, fils de Robert de Bailleul et de Charlotte de Harcourt.

Sachant que Robert de Bailleul n’a pu naître qu’entre 1632 et 1642, on peut estimer la date de son mariage avec Félice de Rosnivinien aux alentours de 1660. Or, le nom des Rosnivinien ne nous est pas inconnu. En effet, j’ai déjà de nombreuses fois cité l’acte de mariage à Quatre-Favrils en 1673 de Marguerite de Bailleul, de la branche des Bailleul-Croissanville (en présence de son père, François de Bailleul, et de ses frères Jacques et Yves), avec Hercule Pompone de Rosnivinien, sieur de Chamboy. Il est fort probable que cet Hercule Pompone soit alors le fils de Pierre de Rosnivinien et donc le frère de Félice, épouse de Robert de Bailleul. Ainsi, à peu près à la même période, une sœur et un frère de la famille des Rosnivinien, seigneurs de Chamboy, se sont unis avec des Bailleul issus de branches cousines.

Robert de Bailleul, fils aîné du couple Robert de Bailleul/Charlotte de Harcourt, est qualifié à cet instant par La Roque de "chef du nom et des armes" (de la famille Bailleul), ce qui est somme toute logique puisque je rappelle que nous supposons l’extinction de la branche aînée des Bailleul-Beauvais aux alentours de la deuxième moitié du XVIIe siècle. Robert, son père, étant décédé vers 1642 donc avant cette extinction, il est dès lors normal de considérer que c’est son fils aîné Robert qui devient le chef de nom et d’armes de la famille Bailleul à l‘époque où La Roque écrit son ouvrage, c’est à dire en 1662. Cette histoire de chef de nom et d’armes peut paraître anecdotique mais c’est un bon moyen de rendre compte de la place de chaque personnage dans la chronologie familiale à un instant donné.

Il reste un document à évoquer concernant Robert de Bailleul. C’est la fameuse recherche de noblesse de 1666 que j’ai largement détaillé lors de l’étude des documents citant François de Bailleul, seigneur de Croissanville (fils d’Yves et père de Jacques et Yves). Je rappelle ici que s’y trouvaient cités pour Argentan un Robert de Bailleul, sieur de Bailleul, ainsi qu’un Gilles et un Bénédict, ces deux derniers personnages ne trouvant aucune place dans notre généalogie, et aucun des trois n’étant précisément localisé quant au lieu où ils avaient été trouvés nobles.

Nous savons maintenant que ce Robert de Bailleul ne pouvait être que le fils du couple Robert de Bailleul/Charlotte de Harcourt puisque son père est décédé dès 1642 alors que la recherche de noblesse date de 1666. Mais pour autant est-ce bien lui ?

En effet, comme je l’ai déjà longuement expliqué, les retranscriptions des recherches de noblesse (issues souvent de copies, voir de copies de copies) ne sont pas totalement fiables. Nous allons encore en avoir la preuve ici : obsédé dans ma démonstration concernant l’étude de cette recherche de 1666 (dans le chapitre "Recherches Bailleul-Croissanville"), je n’avais pas cherché plus loin que le résultat qui était donné pour l’élection d’Argentan puisque j’y avais trouvé ce que je cherchais. Or, ailleurs dans le résultat de la recherche, on trouve pour l’élection de Lisieux, deux séries de familles Bailleul citées :

- Gilles de Bailleul, sieur de Bellangreville; Jacques de Bailleul; François de Bailleul, à Morainville, porte parti d’hermine et de gueules.

- Pierre de Bailleul, sieur de Cantelou à Cantelou; Robert de Bailleul, sieur du lieu, Gilles et Bénédict de Bailleul, à Bailleul, portent d’argent chargé d’hermines à la croix de gueules.

La première série nous semble cohérente puisqu’elle cite, pour partie, des personnages qui nous sont familiers et que nous nous attendons à trouver en ce lieu et possédant bien les armes de notre famille : Ce Gilles de Bailleul, sieur de Bellangreville est sans aucun doute celui de l’acte de mariage de 1688 qui en fait l’époux de Françoise de Bailleul, fille de Jacques, 1er marquis de Croissanville et qui indique que ses parents défunts étaient de Morainville.

La deuxième est plus confuse puisque nous retrouvons cité notre Robert de Bailleul, sieur de Bailleul, accompagné encore de Gilles et Bénédict, mais cette fois-ci faisant partie de la famille d’un Pierre de Bailleul, sieur de Cantelou, dont les armes ne sont pas celles de notre famille, quoique peu différentes.

La triplette de personnages, Robert, Gilles et Bénédict se retrouvent donc à la fois dans la recherche de l’élection d’Argentan liés à nos Bailleul et affublés de leurs armes et dans celle de Lisieux, liés à une autre famille Bailleul, sieurs de Cantelou, avec des armes différentes. Impossible alors de tirer une conclusion sûre à leur sujet !

Peut-être pouvons-nous juste émettre l’hypothèse suivante : Gilles et Bénédict de Bailleul ne trouvant aucune place dans notre généalogie feraient alors partie de la famille des seigneurs de Cantelou et Robert de Bailleul, sieur de Bailleul, serait bien le fils du couple Robert de Bailleul/Charlotte de Harcourt et ferait donc bien partie des Bailleul que nous étudions.

Il nous reste maintenant à étudier la descendance du couple Robert de Bailleul/Félice de Rosnivinien :

- L’arbre généalogique de la famille indique un fils pour ce couple : "Paul de Bailleul, seigneur du dit lieu et autres terres épousa Marie de La Vone". Nous allons voir plus loin qu’il y a une légère erreur de retranscription du nom de l’épouse. L’arbre n’indique aucune descendance pour ce couple.

- La Roque dans sa généalogie des Harcourt nous apprend au sujet du couple Robert de Bailleul/Félice de Rosnivinien : "…ayant aussi des enfants de sa femme…". Il y aurait donc bien eu plusieurs enfants mais sans doute qu’un seul fils si on en croit l’arbre généalogique.

"Prosopographie…" de Popoff ne nous disant plus rien sur la famille depuis la génération précédente, c’est vers d’autres sources que nous nous tournons pour vérifier ces informations.

J’ai déjà cité l’une d’elles juste au-dessus, il s’agit de "Société historique et archéologique de l’Orne", bulletin n°24 à 25, 1905, page 129, qui nous apprend que : Jacques de Bailleul, seigneur de Bailleul et de Montreuil (sic ?), "mort le 20 septembre 1713 sans héritier à son nom", époux de Marie de La Vove, est le fils de Robert de Bailleul, sieur de Choiseul (sic ?) et de Félice de Rosnivinien. Plus loin au sujet de la généalogie de La Vove, on apprend que : Marie de La Vove est la fille de Pierre de La Vove, sieur de Bellegarde et de Geneviève Crestot, veuve de Nicolas du Tremblay.

Une autre source, "Antiquités et Chroniques Percheronnes" par L. Joseph Fret, année 1840, nous indique page 401 : "Le 4 mai 1740, Marie de La Vove, dame de Bellegarde, fille de Pierre de La Vove, et veuve de Pierre le Bailleur (sic), chevalier, fonda au Val-Dieu deux nouvelles cellules…madame de Bellegarde mourut le 19 avril 1748."

Il existait également sur le net un document concernant la succession de Marie de La Vove qui la décrivait comme l’épouse d’un Jacques de Bailleul mais il a disparut depuis sans que je pense à l’enregistrer. De même, il existe aussi la retranscription de différents actes concernant Marie de La Vove sur un site généalogique consacré à la famille du Tremblay qui montrent bien qu’elle était l’épouse d’un Jacques de Bailleul et qu’elle n’en a pas eu d’enfant.

Ainsi, du couple Robert de Bailleul/Félice de Rosnivinien ne semble être issu comme fils que Jacques (alias Paul, alias Pierre) de Bailleul, seigneur de Bailleul (et de Montreuil ?) qui épousa Marie de La Vove, dame de Bellegarde. Il serait décédé le 20 septembre 1713 sans postérité tandis que sa femme décédait le 19 avril 1748 laissant ses biens à ses neveux, issus du premier mariage de sa mère, dont le château de Bellegarde dans le Perche. On peut alors supposer que Jacques de Bailleul vécu dans ce château jusqu’à son décès. On remarquera également que la grand-mère maternelle de Jacques, Louise d’Illiers, était la fille d’une Marguerite de La Vove, cette dernière étant assurément de la même famille que sa femme, Marie de La Vove.

Jacques de Bailleul, à la mort de son père, Robert de Bailleul, devint donc chef du nom et d’armes de la famille Bailleul mais comme il est prouvé qu’il n’a pas eu de postérité, il y a de grande chance pour que cette branche dont il est issu, et qui était devenu aînesse à l’extinction des Bailleul-Beauvais, se soit éteinte à son tour.

C’est tout l’enjeu de ce que nous allons éventuellement trouver sur l’hypothétique frère de Robert de Bailleul, seul à pouvoir assurer alors la continuité de cette distinction en tant qu’oncle de Jacques :

- L’arbre généalogique de la famille indique bien un deuxième fils pour le couple Robert de Bailleul/Charlotte de Harcourt mais la retranscription est très imprécise : "François de Bailleul…de Serre…capitaine de …gentilhomme…". Aucun mariage n’est indiqué et par conséquent aucune descendance.

- La Roque dans sa généalogie des Harcourt ne nous aide guère puisqu’il indique que du couple Robert de Bailleul/Charlotte de Harcourt est issu Robert de Bailleul "et ses autres frères et sœurs". Il confirmerait donc bien l’information de l’arbre qui montre un frère pour Robert mais ne nous en dit pas plus.

Et c’est absolument tout ce que nous avons trouvé pour ce personnage ! Les indications de l’arbre sont trop tronquées et le prénom trop usuel à cette époque dans la famille pour espérer découvrir des informations supplémentaires à son sujet.

On peut alors supposer que ce François de Bailleul, "capitaine", né comme son frère Robert entre 1632 et 1642, serait décédé au service du Roi, tout comme ce fut le cas pour les deux fils de Jacques de Bailleul de la branche des Bailleul-Beauvais à la même période, et comme ce fut le cas également pour Jean-François de Bailleul de la branche des Bailleul-Croissanville en 1663 à Marsal. Il ne se serait par conséquent pas marié et serait mort sans postérité. C’est en tout cas ce que confirmerait l’arbre généalogique.

Le rameau issu de Robert de Bailleul/Charlotte de Harcourt semble donc s’éteindre par les mâles avec le décès sans postérité de Jacques de Bailleul en 1713.

Nous en avons alors terminé avec le rameau aîné issu du couple Gilles de Bailleul/Madeleine de Harcourt. Normalement je devrais continuer maintenant avec le rameau cadet issu de François de Bailleul, seigneur de Franqueville mais comme il s’avère que le rameau benjamin issu de François de Bailleul, seigneur de Bellengreville s’est éteint immédiatement avec ce personnage, il m’apparaît plus logique de l’étudier tout de suite. En effet, les conclusions à tirer du rameau cadet seront multiples et serviront donc de conclusions générales pour cette annexe.

Voici les informations que nous avons sur François de Bailleul, seigneur de Bellengreville, troisième fils du couple Gilles de Bailleul/Madeleine de Harcourt :

- Dans l’arbre généalogique de la famille, la retranscription le désigne ainsi : "François, seigneur de …Bellangreville (effacé), mort sans enfant". Aucune indication de mariage.

- Dans "Prosopographie…" de Popoff il est identifié ainsi comme deuxième et dernier fils du couple : François de Bailleul, seigneur de Bellengreville.

- Dans la généalogie des Harcourt par La Roque il est cité à deux reprises comme le troisième et dernier fils du couple et désigné ainsi : François de Bailleul, seigneur de Bellengreville. Puis, Page 423 : "lots et partages furent fait entre Louis et Gilles, fils de Gilles de Bailleul, chevalier, le 10 février 1590. François, fils de Gilles, a épousé Marie Halbout comme il se remarque par acte exercé à Alençon le 26 novembre 1635".

Je pense avoir largement démontré quelques paragraphes plus haut au sujet de la confusion possible entre Franqueville et Bellengreville, que c’est bien La Roque qui a raison en faisant de François, seigneur de Bellengreville le troisième fils du couple Gilles de Bailleul/Madeleine de Harcourt, et qu’on ne doit donc pas le confondre avec François de Bailleul, seigneur de Franqueville, le cadet. Par contre, La Roque ne nous indique pas ici lequel des deux "François" a épousé cette Marie Halbout. Or, nous savons par l’acte de mariage de son fils daté de 1688 que François de Bailleul, seigneur de Franqueville était l’époux d’une Catherine de Larcher. Par conséquent, ce ne peut être que son frère, François de Bailleul, seigneur de Bellengreville qui aurait épousé cette Marie Halbout.

Les informations supplémentaires suivantes devraient nous permettre de confirmer cette hypothèse. En effet, aux archives départementales de Caen, j’ai trouvé lors de ma deuxième visite :

- Un acte notarié de 1660 au sujet de François de Bailleul, seigneur de Montreuil et Bellengreville.

- Un exploit de 1661 signifié à Jacques Dugney de la Fresnée à la requête de François de Bailleul de Bellengreville.

- Une sentence du 18 août 1674 du bailliage de Falaise qui condamne les fils de Jacques d’Oilliamson, baron de Coucy et de Villerville au paiement d‘une rente de 1 000 livres à François de Bailleul, sieur de Bellengreville.

- Un décret du fief d’Ailly de 1685/1686 pour Madeleine de La Lande, veuve de François de Bailleul, sieur de Bellengreville contre les héritiers de Jacques d’Oilliamson, seigneur de Villerville.

On trouve donc bien ici notre François de Bailleul, seigneur de Bellengreville. Mais nous voyons qu’il est également désigné seigneur de Montreuil dans le premier document ce qui nous semble logique puisque nous n’avons jamais trouvé ni son frère aîné Robert (seigneur de Bailleul et de Noëromée) désigné ainsi, ni le cadet François (seigneur de Franqueville et d’Ammeville). Rappelons que leur père, Gilles, était d’abord seigneur de Montreuil et d’Ammeville, puis suite à son mariage, seigneur de Franqueville (Bellengreville lui était lié), et qu’ensuite leur mère a hérité des seigneuries de Bailleul et de Noëromée.

Les deux derniers documents nous montrent l’existence d’un litige entre François, seigneur de Bellengreville et la famille Oilliamson et nous font découvrir une certaine Madeleine de La Lande comme étant sa veuve en lieu et place de la Marie Halbout que nous attendions.

J’ai donc entrepris quelques recherches sur le Net sur cette "Madeleine de La Lande" et j’ai trouvé cet extrait dans "Histoire de Pont-d’Ouilly" de J.C. Verrier, 2003, page 26 : "La seigneurie d’Ouilly-le-Basset demeure longtemps dans la famille d’Oilliamson. Un Thomas d’Oilliamson, seigneur et patron d’Ouilly épouse au XVIIe siècle Madeleine de La Lande mais n’en a pas d’enfant et laisse pour héritiers ses neveux : Tanneguy, Thomé et Guillaume d’Oilliamson, écuyers, lesquels doivent en 1696 à la succession de leur tante Madeleine de La Lande, une somme de 4 366 livres empruntée par…"

Grâce à l’extrait de ce dernier document on peut alors en déduire le scénario suivant :

Madeleine de La Lande épouse d’abord Thomas d’Oilliamson, seigneur d’Ouilly, puis devenue veuve sans enfants, épouse ensuite François de Bailleul, seigneur de Bellengreville, lui-même sans doute veuf sans enfant de Marie Halbout. La succession de son premier mari occasionne un litige entre elle et la famille Oilliamson ce qui explique l’implication de son second mari dans cette affaire dans le document n°3.

François de Bailleul, seigneur de Bellengreville et de Montreuil, se serait donc marié deux fois, d’abord le 26 novembre 1635 avec Marie Halbout (d’après La Roque), puis avant 1674 avec Madeleine de La Lande, veuve de Thomas d’Oilliamson, et serait décédé avant 1685. Ce double mariage, dont le dernier tardif, décrit une situation propice à l’absence de postérité pour François, seigneur de Bellengreville et confirmerait donc la mention de "mort sans enfant" que nous donne l’arbre généalogique.

On trouve également François de Bailleul, seigneur de Bellengreville cité à deux reprises dans les actes paroissiaux :

- En 1643 au Renouard : François de Bailleul…de Bellengreville est parrain.

- En 1670 à Quatre-Favrils : François de Bailleul, sieur de Belengreville est le parrain de François de Bailleul, fils d’Yves de Bailleul et Madeleine du Val. Il est donc le parrain de François de Bailleul, futur seigneur de Vicques et futur lieutenant de vaisseau qui épousera sa cousine Marie Françoise de Bailleul de Croissanville.

Enfin, je rappelle ici comment il est cité dans le résultat de la recherche de noblesse de 1666 pour l’élection d’Argentan : François de Bailleul, sieur de Belangreville à Montreuil. Il a donc été trouvé noble à Montreuil ce qui ne nous surprend guère puisque nous le savons par ailleurs "seigneur de Montreuil". Mais de quel Montreuil s’agit-il ? A première vue, il serait logique de penser qu’il s’agit du Montreuil dans l’Orne qui est localisé non loin de Quatre-Favrils et que l’on trouve désigné actuellement sous le nom de "Montreuil-la-Cambe". Mais l’identification exacte de ce Montreuil s’avère beaucoup plus compliqué que prévu comme nous le verrons dans le chapitre consacré à Gilles de Bailleul, le grand-père de François.

On se serait plutôt attendu à trouver François de Bailleul, seigneur de Bellengreville, domicilié à Bellengreville où il existe un petit château appelé le manoir de La Perquette datant du début du XVIIe siècle mais aucun élément ne me permet de confirmer cette supposition pour l’instant.

Une dernière information au sujet de notre François a été portée à ma connaissance récemment. Elle est tirée d’un texte racontant l’histoire des seigneurs de Canapville (près de Trouville dans le Calvados) dont voici l’extrait : "A Daniel (du Fossey) succéda son fils Jean (du Fossey), dont la veuve, Esther du Quesnoy, vendit en 1648 pour le prix de 22.000 livres à François de Bailleul, sieur de Bellengreville, le domaine du Vey, propriété de feu son mari."

Pour conclure sur François de Bailleul, seigneur de Bellengreville et de Montreuil d’après l’ensemble de ces documents : il apparaît qu’il se différencie clairement de son frère François, seigneur de Franqueville, que se soit par les seigneuries qu’il possède et le désigne, ses deux épouses, les lieux supposés de ses résidences, et pour finir, par le fait qu’il n’eut aucune descendance.

Nul doute alors qu’il est bien un individu à part entière, distinct de son frère, homonyme de prénom et seigneur de Franqueville et qu’il n’est pas le père de Gilles de Bailleul, seigneur de Franqueville (et d’Ammeville) qui épousera Françoise de Bailleul, fille de Jacques de Bailleul, 1er marquis de Croissanville, contrairement à ce que j’ai cru moi-même au départ quand j’ai découvert un François de Bailleul, seigneur de Bellengreville dans les registres paroissiaux du Renouard et de Quatre-Favrils.

L’information importante à tirer de cela est que François de Bailleul, seigneur de Bellengreville et de Montreuil n’a pas eu de postérité. A sa mort sans enfant (entre 1674 et 1685), son neveu Gilles de Bailleul, fils de François de Bailleul, seigneur de Franqueville, héritera de la seigneurie de Bellengreville et vendra les deux seigneuries réunies (Franqueville et Bellengreville) à la famille Des Asnières en 1693. Du coup, il n’est pas étonnant de retrouver la seigneurie de Montreuil chez son autre neveu, Robert de Bailleul (fils du couple Robert de Bailleul/Charlotte de Harcourt) que nous avions trouvé bizarrement désigné "seigneur de Choiseuil" (Montreuil, en fait ?) et dont nous avions trouvé le fils, Jacques de Bailleul, désigné également seigneur de Montreuil.

Il nous reste maintenant à étudier tous les documents que nous avons trouvés sur François de Bailleul, seigneur de Franqueville pour en finir avec cette (longue…) annexe.

Si l’on pouvait au départ douter de son existence, cela n’est désormais plus permis comme je l’ai déjà montré à plusieurs reprises tout au long de ce chapitre grâce à ces documents que j’ai pour la plupart déjà cité. Les voici :

- Dans l’arbre généalogique de la Maison de Bailleul : il apparaît sous la forme d’une case vide qui donne naissance à trois autres cases vides. J’ai déjà expliqué plus haut que ceci était peut-être un "trou de mémoire" volontaire pour masquer le mariage consanguin qui allait suivre avec l’union de Gilles de Bailleul (fils de notre François étudié ici) avec Françoise de Bailleul (fille de Jacques, 1er marquis de Croissanville) en 1688.

- Dans "Prosopographie…" de Popoff : il est oublié. Là aussi, j’en ai déjà donné l’explication car il est sans doute confondu avec son frère homonyme de prénom et presque homonyme de seigneurie, François de Bailleul, seigneur de Bellengreville.

- Dans la Généalogie des Harcourt par La Roque : Il est décrit comme le deuxième des trois fils du couple Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil / Madeleine de Harcourt, Dame de Franqueville sous l’intitulé "François de Bailleul, sieur de Franqueville".

3 documents attestent que La Roque a bien raison dans sa description.

Le premier en apporte la preuve irréfutable puisqu’il s’agit de l’acte de mariage de 1688 de son fils Gilles avec Françoise de Bailleul, fille de Jacques de Bailleul, 1er marquis de Croissanville. Il y est décrit ainsi : "feu François de Bailleul, chevalier, seigneur des dits lieux", c’est à dire, "seigneur d’Ammeville, de Franqueville, etc.". Sa femme est désignée sous le nom de Catherine de Larcher, de Morainville. Cette dernière précision a son importance puisque nous retrouvons ce lieu de Morainville cité également dans la dispense de mariage nécessaire à cette union consanguine. Il est donc aisé d’en déduire que François et sa femme résidaient sans doute à Morainville plutôt qu’à Franqueville dont il était pourtant le seigneur. Nous allons voir plus loin la confirmation de cette hypothèse.

Les deux autres, eux aussi déjà cités plus haut, ne font que confirmer cette existence réelle et surtout distincte de son frère François, seigneur de Bellengreville :

- Dans "Recherches historiques sur la châtellenie et la paroisse d’Assé-le-Boisne, Sarthe", il est décrit ainsi : "1642. Devant notaires à Argentan, messire François de Bailleul, l’aîné, chevalier, seigneur de Franqueville, tuteur des enfants de feu messire Robert de Bailleul, chevalier…" C’est donc bien de lui dont il s’agit et non de son frère François, seigneur de Bellengreville, benjamin de la fratrie qui n’aurait pas pu être désigné aîné à la mort de son frère aîné Robert.

- Dans "Mémoires pour servir à l’état historique et géographique du diocèse de Bayeux" par G. Le Hardy, 1894, pages 105 et 106. Je rappelle ce qu’on y lit : "Le terrain qui compose aujourd’hui la paroisse de Bellengreville était partagé anciennement en 2 paroisses distinctes de nom et de patron; l’une sous le nom de Notre-Dame de Bellengreville, l’autre sous celui de Saint-Pierre de Franqueville. Les 2 seigneurs, qui étaient frères, et de l’illustre maison de Bailleul, obtinrent la réunion des 2 cures, en faveur d’un de leurs neveux qui en avait été pourvu, et la réunion, dont les titres doivent être parmi ceux de la maison seigneuriale de Franqueville, a toujours subsisté depuis ce temps-là". On avait donc bien deux frères de la famille Bailleul, seigneurs respectivement de Bellengreville et de Franqueville, c’est à dire, François de Bailleul, seigneur de Bellengreville et notre François de Bailleul, seigneur de Franqueville.

François de Bailleul, seigneur de Franqueville était l’époux d’une Catherine de Larcher comme nous venons de le voir dans l’acte de mariage de son fils daté de 1688. J’ai donc tenté d’en savoir plus sur sa femme.

Ainsi, dans "Le gouvernement de Normandie au XVIIe et XVIIIe siècle : d’après la correspondance des marquis de Beuvron et des ducs d’Harcourt", volume 5 de Célestion Hippeau, on trouve la mention d’une "dame de Franqueville demeurant à Morainville". Il y a tout lieu de croire qu’il s’agit bien ici de Catherine de Larcher, femme de Françoise de Bailleul, seigneur de Franqueville que l’on trouve, une fois de plus, localisée à Morainville, comme dans l’acte de mariage de 1688 et la dispense qui lui est liée.

De même, dans la recherche de noblesse de 1666 pour l’élection de Lisieux, on trouvait : "Gilles de Bailleul, sieur de Bellangreville ; Jacques de Bailleul ; François de Bailleul, à Morainville, porte parti d’hermine et de gueules." Il s’agit ici de décrypter en détail ce que ce document nous apprend :

Tout d’abord, il y est encore question de Morainville comme lieu où ont été trouvé nobles ces trois personnages.

Ensuite, nous voyons que notre François de Bailleul, seigneur de Franqueville n’y apparaît pas. C’est bien son fils Gilles, ainsi que sans doute deux autres de ses fils, Jacques et François, qui sont cités. La conclusion est évidente : il devait être décédé en 1666 au moment de la recherche. Rappelons pour mémoire que cette même recherche dans l’élection d’Argentan nous avait permis de trouver cités François de Bailleul, seigneur de Croissanville à Quatre-Favrils, son cousin germain, et François de Bailleul, seigneur de Bellangreville à Montreuil, son frère, les deux seuls personnages de cette génération à être encore vivant lors de la recherche de 1666 et donc à apparaître comme chef de famille. Si ce sont ses fils que nous trouvons cités dans la recherche, cela veut donc bien dire qu’il est décédé à cet instant.

Notons, tout de même, que la recherche de Lisieux désigne Gilles de Bailleul comme seigneur de Bellangreville alors que celle d’Argentant désigne son oncle, François de Bailleul comme seigneur de Bellangreville également. C’est sans doute encore la confusion entre Bellangreville-Franqueville qui est responsable de cela puisque Gilles n’est désigné que seigneur de Franqueville sur son acte de mariage de 1688 et qu’il ne sera donc seigneur de Bellangreville et Franqueville qu’à la mort de son oncle.

François de Bailleul, seigneur de Franqueville est donc décédé entre 1642 (date de sa désignation comme tuteur des enfants de son défunt frère Robert ) et 1666 (absence dans la recherche de noblesse de 1666). Au passage, il est donc logique de l’avoir trouvé désigné défunt dans l’acte de mariage de son fils Gilles en 1688. Epoux de Catherine de Larcher, il en eût trois fils : Gilles, Jacques, et François trouvés nobles à Morainville lors de la recherche de 1666. Il est donc probable qu’il aura résidé lui aussi à Morainville tout comme ses descendants.

C’est ce qui explique peut-être pourquoi les archives départementales du Calavados à Caen ne possèdent aucun papiers privés concernant François de Bailleul, seigneur de Franqueville et ses descendants alors que c’est le cas pour les Bailleul-Croissanville, ses cousins, et François de Bailleul, seigneur de Bellangreville, son frère. En effet, le Morainville dont il serait question (actuellement, Morainville-Jouveaux ?) serait situé dans l’Eure, et, s’il s’agit bien de cette localité, ce serait donc aux archives de ce département qu’il faudrait se renseigner et conjointement en étudier les archives paroissiales pour en savoir plus sur l’histoire de cette branche des Bailleul-Franqueville. Ce que je ne ferais pas puisque je ne descends pas de cette branche. Je vais donc me contenter d’exposer ici les quelques éléments que j’ai pu réunir au grès de mes recherches.

Il n’y a donc aucun doute sur le fait que le couple François de Bailleul, seigneur de Franqueville/Catherine de Larcher ait eu une descendance. Nous le savons bien sûr, et une fois de plus, car de nombreuses fois cité dans ces recherches, par l’acte de mariage de 1688 de leur fils Gilles, mais aussi par la recherche de noblesse de 1666 qui nous présente également deux autres fils : Jacques et François de Bailleul. Cette situation correspond bien à ce que nous montre l’arbre de la famille qui décrit trois cases vides pour le couple, et que nous pouvons donc remplir dorénavant puisque les personnages ont bien été identifiés.

Pour autant, l’arbre, ne va pas au-delà de ces trois personnages, pourtant forcément connus par la famille au moment de sa rédaction. Cette "demi-omission" de l’arbre nous fait donc fortement douter de la situation qu’il expose de façon catégorique : aucune descendance à partir des trois fils de François de Bailleul, seigneur de Franqueville. Voyons si nous pouvons le contredire.

Ni "Prosopographie…", ni "Généalogie des Harcourt" de La Roque, ne nous serons d’aucune utilité pour cela puisque leur période d’étude s’arrête à la génération précédente. C’est sur quelques informations, pour la plupart déjà citées, que je vais baser mon raisonnement.

Tout d’abord celles sur Gilles, manifestement l’aîné, puisqu’il est désigné avec les seigneuries de son père et qu’il est cité en premier dans la recherche de 1666. Par ordre chronologique, nous avons :

- Il est trouvé noble à Morainville lors de la recherche de 1666 en compagnie de deux de ses frères, Jacques et François, et désigné "sieur de Bellangreville" et blasonné "party d’hermine et de gueules".

- Il se marie le 7 octobre 1688 à Cléville avec Françoise de Bailleul, fille de Jacques de Bailleul, 1er marquis de Croissanville.

- Le 24 mars 1693, par un contrat passé à Bellengreville, Gilles de Bailleul, chevalier, seigneur et patron de Franqueville vend à Pierre des Asnières, sieur des Fontenelles "les terres, seigneuries et fiefs de Franqueville pour 5000 livres" (Archives départementales du Calvados série E, page 87).

- "Le 27 juillet 1707, la nomination à la cure de Ste Honorine d’Ammeville, appartenant au seigneur du lieu à cause de son fief, Gilles de Bailleul, chevalier, seigneur d’Ammeville et autres lieux, nomme audit bénéfice, vacant par le décès de Joseph Boscher, dernier titulaire, la personne de Philippe de Bernières…". Document tiré d’un inventaire des actes ecclésiastiques de Lisieux.

Les autres éléments où nous le trouvons cité le sont par le biais de sa femme, Françoise (ou Marie Françoise) de Bailleul, dans les actes paroissiaux que voici :

- Le 10 février 1724 à Vicques : baptême de Elisabeth Aimable Françoise, fille de François de Bailleul, seigneur de Vicques et de Marie Françoise de Bailleul de Croissanville. Marraine, Marie Françoise de Bailleul, dame de Croissanville, veuve de M. Damville, seigneur et patron du lieu.

- Le 13 juillet 1734 à Airan : baptême, marraine : Marie-Françoise de Bailleul, veuve de Gilles de Bailleul, chev., seign. d'Amville, marquise de Croissanville.

- Le 9 mai 1739 à Cléville : baptême, marraine : Françoise de Bailleul, d'Amville, marquise de Croissanville.

- Le 3 mars 1748 à Croissanville : baptême, marraine : Marie-Françoise de Bailleul, marquise de Croissanville. Le parrain est : François de Bailleul d'Amville.

- 17 octobre 1752 à Cléville / Croissanville : inhumation de Françoise de Bailleul, marquise de Croissanville, veuve de MM Danville / veuve de Gilles de Bailleul, âgée d’environs 88 ans / 90 ou 92 ans. On observe quelques variations dans la rédaction de l’acte suivant qu’il provient de l’une ou de l’autre paroisse…

Il ressort de tout ceci que Gilles de Bailleul, dont nous ne connaissons ni le lieu ni la date de naissance, était suffisamment âgé en 1666 lors de la recherche de noblesse pour être désigné noble en tant qu’adulte. Ceci n’a rien de surprenant puisqu’il était le petit-fils de Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil et de Franqueville. Il était donc de la même génération que Jacques de Bailleul, 1er marquis de Croissanville, lui-même petit-fils d’Yves de Bailleul, seigneur de Quatre-Favrils et de Croissanville, frère de ce même Gilles. On peut raisonnablement penser qu’il est né aux environs des années 1630/1640, comme son cousin Jacques.

On se rend compte alors qu’en 1688, quand il épouse la fille de ce dernier, il a donc une génération d’écart avec sa femme, dont l’acte de décès de 1752 nous montre qu’elle est née vers 1660. Rien d’étonnant alors de découvrir qu’à cette date, son père François, est déjà décédé, comme il l’était déjà dès 1666. Et donc rien de surprenant de voir que dans l’acte de baptême de 1724, sa femme est désignée veuve.

Comme nous le trouvons vivant dans le document de 1707 sur la nomination du curé d’Ammeville, on peut alors estimer son décès entre ces deux dates : 1707 – 1724.

Trouvé noble en 1666 à Morainville, on peut supposer qu’il y résidait.

Entre 1674 et 1685, date de décès estimé de son oncle François de Bailleul, seigneur de Bellangreville, il hérite de cette seigneurie qui a alors été préalablement réunie à celle de Franqueville dont il est le seigneur depuis le décès de son père et où il ne semble avoir jamais résidé. En 1693 il vend Franqueville (et donc Bellangreville qui lui a été unie) à Pierre des Asnières.

Il n‘est plus que seigneur d’Ammeville et d’autres lieux (mais lesquels ?) comme nous le voyons dans le document de 1707. Le fait que cette seigneurie soit clairement identifiée ici, tout comme elle l’était dans son l’acte de mariage de 1688 où Gilles est désigné également seigneur d’Ammeville, nous laisse à penser que les différentes désignations à son sujet que nous trouvons dans les actes concernant sa femme ("d’Amville, Damville, Danville") sont imprécises et correspondent en réalité toutes à cette même seigneurie.

Ces actes nous apportent des informations très importantes par ailleurs :

A partir de 1724 et jusqu’à son décès en 1752, la femme de Gilles, Françoise de Bailleul, semble avoir résidé à Croissanville puisque nous la trouvons marraine en ce lieu ou à ses environs. C’est juste après le décès de son frère, François, 2nd marquis de Croissanville, survenu en 1723, que nous la voyons apparaître dès 1724, désignée "Dame de Croissanville" ou même "marquise de Croissanville". Il est évident que ces désignations ne sont que de courtoisie car en 1734 la véritable marquise de Croissanville est toujours Gabrielle de St-Marie, sa belle-sœur, qui ne décédera qu’en 1737. Tout nous laisse à penser alors qu’elle habitait au château de Croissanville telle une sorte de douairière.

Ce retour à cet endroit au détriment de Morainville ou de tout autre lieu de résidence de feu son mari, Gilles de Bailleul, m’a fait croire au départ qu’elle n’avait pas eu de descendance qui l’aurait retenue ailleurs au décès de son époux.

Or, nous découvrons dans l’acte du 3 mars 1748 à Croissanville que le parrain se nomme "François de Bailleul d’Amville". Nous savons par la recherche de noblesse de 1666, qu’un des frères de Gilles s’appelait François, est-ce lui ?. Mais je viens de démontrer que Gilles est sans doute né vers 1630/1640 et que par conséquent ses frères peu après lui. Il est alors très peu probable que ce François soit un des frères encore vivant en 1748. Il ne peut s’agir que de son fils (âgé tout de même de près de 60 ans dans ce cas !) ou de son petit-fils. Il est logique de le trouver dès lors désigné "de Bailleul d’Amville", tout comme son père ou son grand-père Gilles, qui était seigneur d’Ammeville. Il est possible aussi qu’il soit un neveu ou petit-neveu mais alors le lien de parenté avec la marraine semble trop ténu pour expliquer sa présence à ses côtés.

Quoiqu’il en soit, il apparaît évident grâce à ce document qu’il y a eu une descendance mâle d’une ou plutôt de deux générations à partir de Gilles ou de ses frères. Ce François de Bailleul d’Amville, présent comme parrain en 1748 à ce baptême, était soit de la génération de François de Bailleul, seigneur de Vicques, soit plus probablement de celle de Toussaint François, le fils de ce dernier, né en 1727, si on veut faire un parallèle avec la branche des Bailleul-Croissanville.

Comme je n’ai aucune information sur ce que sont devenus, Jacques et François, les frères de Gilles, ni s’ils se sont mariés et ont eu une descendance, l’existence de ce personnage est la seule preuve que le rameau issu de François de Bailleul, seigneur de Franqueville a bien subsisté jusqu’aux années précédant la Révolution. Soit bien plus loin que le dernier descendant du rameau issu du couple Robert de Bailleul/Charlotte de Harcourt, c’est à dire Jacques de Bailleul, mort en 1713. Or, ce dernier était devenu le chef de nom et d’armes de la Maison de Bailleul puisque son père était logiquement qualifié ainsi auparavant par La Roque. Cela veut donc dire que François de Bailleul d’Amville a dû hériter de cette qualité à son tour à partir de 1713.

La présence de ce François de Bailleul d’Amville dans le document de 1748 nous permet de conclure sur la situation suivante : Le rameau issu du couple François de Bailleul, seigneur de Franqueville/Catherine de Larcher a perduré bien au-delà de tous ceux que nous venons d’étudier dans cette annexe.

En effet, dans la présente étude des différentes branches des Bailleul, hormis celle des Bailleul-Croissanville issue de Yves, nous avons montré que :

- La descendance de Louis de Bailleul, seigneur de Beauvais, l’aîné du couple Gilles de Bailleul/Charlotte de Larré, s’arrêtait sans doute avec le décès de ses deux petits-fils issus de Jacques de Bailleul, tous deux "tués au service du Roi" dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.

- La descendance de Gilles de Bailleul, seigneur de Montreuil, le cadet, se décompose ainsi : celle issue de Robert de Bailleul, son aîné, s’est probablement arrêtée avec le décès sans enfant de Jacques de Bailleul en 1713, soit son arrière-petit-fils. Qu’il n’y a pas eu de descendance pour François de Bailleul, seigneur de Bellangreville, son benjamin. Par contre, de François de Bailleul, seigneur de Franqueville, son cadet, sont sortis trois fils, situation favorable à la continuité du nom, ce que confirme l’existence de ce François de Bailleul d’Amville en 1748 qui serait alors un arrière-arrière-petit-fils de Gilles.

Il en résulte que c’est du rameau issu de François de Bailleul, seigneur de Franqueville, que pourraient descendre d’éventuelles personnes vivant actuellement et qui portent aussi le nom de "de Bailleul".

Dans ce cas, elles seraient donc chef de nom et d’armes de la famille Bailleul puisqu’elles seraient issues de Gilles dont la branche a hérité de ces qualités à l’extinction de celle provenant de Louis, l’aîné. Par ailleurs, si elles descendent effectivement de François de Bailleul d’Amville et que celui-ci est bien le petit-fils de Gilles de Bailleul, seigneur de Franqueville, époux de Françoise de Bailleul de Croissanville, alors elles peuvent revendiquer un lien de parenté avec les Bailleul-Croissanville par les femmes du fait de cette dernière.

Si je mentionne cette éventualité c’est que par le biais de ce blog et aussi en d’autres circonstances j’ai appris l’existence de plusieurs personnes qui semblent revendiquer ce lien de parenté. En relation avec une en particulier, j’ai cherché à en savoir plus sur sa propre généalogie sans réponse claire de sa part pour l’instant. Et je voulais en terminer d’abord avec cette étude sur les branches annexes avant de contacter l’autre, ce que je vais donc pouvoir faire dorénavant. Nous verrons ce qu’il en ressortira…

Enfin, une troisième piste existe (ou existait…) : dans un article du "Pays d’Argentan" de décembre 1953 au sujet de l’histoire de Quatre-Favrils, l’auteur s’appuie sur la généalogie fournie par un certain Georges de Bailleul prétendant descendre du couple Gilles de Bailleul/Charlotte de Harcourt, "fille du seigneur de Cressenville". Nous venons de voir dans ce présent chapitre qu’un tel couple n’a jamais existé. Gilles était l‘époux de Madeleine de Harcourt, effectivement fille du seigneur de Cressenville mais cette seigneurie est passée à Yves, son frère, époux de Marguerite de Harcourt. C’est son fils aîné Robert de Bailleul qui a épousé Charlotte de Harcourt. Il se peut que l’auteur de l’article se soit trompé dans la retranscription des informations fournies par ce Georges de Bailleul. Quoiqu’il en soit, si ce dernier descend effectivement de Gilles de Bailleul, il se peut qu’au final il descende également du François de Bailleul d’Amville que nous venons de trouver. Dans ce cas, le lien évoqué Bailleul/Harcourt/Croissanville aurait un sens dans sa généalogie, même si cette dernière était ou a été présentée de façon erronée dans l’article.